UPGRADE : La série B augmentée

Reviews Film UPGRADE : La série B augmentée

Dans un futur plus ou moins proche aux accents cyberpunk, Grey Trace est une des dernières personnes sur Terre à rejeter la présence de la technologie dans tous les aspects de sa vie. Tout va changer le jour où sa femme se fait assassiner sous ses yeux lors d’une rencontre avec des gangsters qui va le laisser paralysé. Habité par un désir de vengeance plus que de justice mais incapable d’agir dans sa condition, Grey va recevoir une offre impossible à refuser de la part d’un inventeur milliardaire lui proposant une intervention médicale expérimentale (et illégale) lui permettant de retrouver et même de décupler ses facultés physiques. Maintenant équipé d’un implant doté d’une I.A pour l’assister, Grey va enfin pouvoir mener l’enquête et découvrir les raisons qui ont amené au meurtre de son épouse.

Avec son pitch basique et plutôt direct, Upgrade ne propose rien d’autre qu’un revenge movie dans le futur, une sorte de Death Wish cyberpunk. Non pas que ce soit une mauvaise chose, bien au contraire, le film de Leigh Whannell se repose sur son idée de départ pour exploiter à fond tous les passages obligés du genre avec une certaine fraicheur. En effet, à la manière des meilleures productions Jason BlumUpgrade parvient à faire oublier son petit budget, estimé à 4,5 millions de dollars, grâce à son scénario épuré et à des procédés de production design malins. Forcément avec un récit mélangeant intelligence artificielle, technologie omniprésente et humains aux capacités physiques augmentées, il est bien difficile de ne pas penser à certains ainés cinématographiques cultes qui précédent Upgrade. Le réalisateur américain n’essaie d’ailleurs pas de cacher les influences qui nourrissent son métrage. On pense forcément à Robocop mais aussi parfois à Matrix ou même à 2001… Ne nous emballons pas pour autant car ces glorieuses influences ne sont généralement utilisées que sous la forme de clins d’oeil un peu vains. Par exemple, la voix de l’I.A du film fait grandement penser à une version moderne du glaçant HAL 9000 du film de Kubrick, reprenant le phrasé si particulier du personnage interprété à l’époque par Douglas Rain.

Upgrade n’arrive donc jamais à la hauteur des plus grands films de science fiction et ne parvient pas non plus à s’imposer comme une oeuvre cyberpunk définitive mais le film n’en a de toute façon pas l’ambition. Etrangement, c’est cette retenue en matière d’ambition qui permet à l’oeuvre de fonctionner pleinement en évitant toute pose intello et prétentieuse pour se concentrer sur l’évolution de son personnage principal dans un récit sec et direct. En effet, cette nouvelle production Blumhouse tient la route car elle a le bon goût d’aller de l’avant bien trop vite pour que le spectateur ait réellement le temps de s’attarder sur ses éléments les moins réussis ainsi que sur ses quelques idées qui frôlent parfois le ridicule (l’éternuement de nanorobots !). De plus, Leigh Whannell se montre capable de créer un univers visuel intéressant, malgré son manque d’originalité, et à faire tenir son métrage sur la durée grâce à un script nerveux et à une mise en scène qui donne un surplus de personnalité à l’ensemble. Le réalisateur se montre d’ailleurs capable d’exciter la rétine du spectateur à quelques reprises au sein de scènes d’actions brutales et viscérales et qui assument totalement l’esprit série B de la chose.

Il faut aussi reconnaitre que Upgrade est porté par un casting impliqué et notamment par Logan Marshall-Green dans un rôle principal plus compliqué qu’il n’y parait. L’acteur aperçu dans Prometheus ou encore dans le Snowden d’Oliver Stone livre une prestation dans laquelle il passe par tous les états physiquement et doit alors changer son langage corporel en permanence pour vendre le concept du film. Cette prestation physique, seule, porte en elle une des thématiques principales du film qui semble poser la question de savoir si un corps dirigé par un implant doté d’une intelligence artificielle appartient encore à son possesseur naturel et donc pousse le spectateur à réfléchir sur les liens de plus en plus intimes entre l’Homme et la technologie. Encore une fois, le film ne creuse pas pleinement dans cette voie, préférant rester en surface afin d’exploiter à fond son concept de départ comme un gimmick bien trouvé. Un gimmick qui n’évite quand même pas tous les clichés du genre dans un final se sentant obligé de jouer la carte du twist légèrement tiré par les cheveux et qu’on voit, en plus, venir à des kilomètres. Néanmoins, le film a tout de même le bon goût d’épargner au spectateur un happy end forcé qui n’aurait pas sa place dans le genre cyberpunk.

En définitive, on a beau regretter le manque de profondeur du projet, il faut bien admettre que Upgrade n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il force le trait sur son aspect revenge movie décomplexé. Il faut alors prendre le film pour ce qu’il est réellement afin de vraiment l’apprécier, à savoir un petit film efficace et épurée sachant exploiter son idée de départ au mieux. Tout ça en proposant deux ou trois séquences d’actions agréables et porté par des acteurs investis dans le projet. Fun mais bourré de défauts, aussi malin que crétin par moment, Upgrade est un film inégal mais attachant. Jamais cynique, le second long métrage de Leigh Whannell s’impose alors comme un divertissement assez sincère et bien foutue pour convaincre. En somme, une vraie série B à consommer comme telle.

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