LE TOP 2017 : Comics

Notre dernier TOP 2017 est consacré aux comics. On revient à la source avec Rémi pour notre dernier top et surprise pas de Big Two dans le classement !

TOP 2017 de Rémi

Providence (Alan Moore et Jacen Burrows)

Ce n’est un secret pour personne, Alan Moore est un auteur qui aborde chacun des ses travaux de façon très documentée. Des oeuvres comme From Hell ou La Ligues des Gentlemen Extraordinaire en sont la preuve. Avec Providence, que l’auteur a enfin achevé cette année et qui achève par la même occasion sa trilogie lovecraftienne avec Jacen Burrows, Moore poursuit son travail dans cette veine en livrant un comics qui fait référence à un nombre incalculable de nouvelles de Lovecraft, tout en agissant comme une critique et même un essai sur l’Oeuvre du maître de l’horreur du XXème siècle. Ainsi, à travers cet hommage au créateur du mythe de Cthulhu, Alan Moore en profite pour mettre le doigt sur les très nombreux mauvais côtés de celui-ci sans jamais que ça ne soit gratuit et surtout sans oublier de raconter une histoire incroyablement efficace grâce à une narration érudite et maitrisée. Le tout est, en plus, servi par le trait réaliste de Jacen Burrows qui met un point d’honneur à éviter tout effet trop tape-à-l’oeil pour laisser s’exprimer pleinement la puissance viscérale du récit. Pas vraiment facile d’accès et même parfois assez ésotérique, Providence dévoile ses forces lentement et méthodiquement mais s’impose au final comme un document essentiel pour tout amateur d’horreur, de Lovecraft et/ou de Moore qui se respecte. En d’autres termes le barbu de Northampton qui, de son propre aveux, aborde son travail d’auteur comme s’il était un alchimiste moderne n’a peut-être pas changer le plomb en or mais il a fait mieux que ça. Il a transformé le Lovecraft en Moore et c’est la meilleure chose qui soit arrivée aux univers de ces deux écrivains depuis longtemps.

Kill or Be Killed (Ed Brubaker et Sean Phillips)

Bon, ça commence à devenir flippant cette facilité avec laquelle Ed Brubaker et Sean Phillips parviennent à tuer le game à chaque nouvelle collaboration. A chaque fois, on se dit que c’est impossible, qu’ils ne pourront pas faire mieux et à chaque fois, ils nous rappellent qu’ils ne sont pas au sommet de l’industrie du comics pour rien. Après Fatale et The Fade Out, le Brubaker et Phillips nouveau est arrivé sous le nom de Kill or Be Killed en 2016. Depuis, le comics n’a fait que monter en puissance pour arriver récemment à un point de non retour (je parle ici de la version publiée aux Etats-Unis) qui prouve une fois pour toute que peu d’auteurs sont capables de nous faire pénétrer la psyché de personnages torturés aussi bien que Brubaker. Le tout dans une oeuvre qui semble condenser toutes ses obsessions, tout en faisant évoluer les thématiques qu’il développe depuis plusieurs années et qui se dote même d’un aspect légèrement méta. En effet, à plusieurs reprise la narration à la première personne et à rebours du personnage principal est autant un moyen de faire avancer le récit qu’une méthode pour que Brubaker puisse exprimer sa façon de penser une structure narrative. Avec son écriture digne d’un excellent polar hardboiled et son aspect graphique très cinématographique, qui ne surprendra pas, mais qui ravira quand même les amateurs de Sean Phillips, Kill or Be Killed apparaît comme l’oeuvre ultime du duo. Enfin, en attendant leur prochaine collaboration…

My Favorite Thing is Monsters Vol.1 (Emil Ferris)

My Favorite Thing is Monsters a beau être le premier comics de l’illustratrice Emil Ferris, ça a pourtant déjà tout du magnum opus. Longtemps repoussé (en particulier à cause de la faillite de la société chargée de la distribution du comics l’année dernière…) l’oeuvre de l’artiste originaire de Chicago a finalement vu le jour cette année grâce à une magnifique édition proposée par Fantagraphics. Le moins que l’on puisse dire c’est que ça valait le coup d’attendre. Tout autant hommage aux comics d’horreur à la sauce EC Comics qu’aux romans et films de détectives, My Favorite Thing is Monsters est un véritable voyage dans l’imaginaire de son artiste sous forme de carnet d’illustrations toutes plus belles les unes que les autres. C’est aussi un document remarquable sur une époque en plein basculement social et politique qui ne perd jamais sa dimension intimiste. Au final, le récit d’Emil Ferris est un exemple à suivre en matière de bande dessinée indépendante qui rejette les normes établies d’un point de vue narratif. Le tout en évitant de sombrer dans un côté arty un peu vain. Complexe mais finalement facile à aborder, véritable melting pot d’influences mais avec la personnalité de sa créatrice imprimée sur chaque page et surtout beau à tomber par terre, My Favorite Thing is Monsters vaut bien le coup d’oeil et certainement même un peu plus que ça.Enfin, si vous êtes allergique à la langue de Shakespeare mais que ce livre vous fait de l’oeil, votre patience devrait être récompensée fin 2018 avec une version française qui se prépare.

TOP 2017 de Damien

Saga Tome 7 (Brian K. Vaughan et Fiona Staples)

Premier du classement, et certainement pour de bonnes raisons. Saga c’est le rendez-vous annuel de la crème de la crème du comics. Une histoire complètement dingue avec des personnages loufoques, un univers imposé et des graphismes somptueux. Il n’en faut pas plus pour convaincre que ce comics est une richesse culturelle ! Alors que nos protagonistes se retrouvent enfin et que les choses se calment, un événement inattendu va contrarier les plans de nos héros. La course poursuite continue et la guerre entre les royaumes s’intensifie. On sent que Saga ne s’épuisera pas tout de suite, ou du moins pas précipitamment, l’introduction de nouveaux personnages en est la preuve. Les dernières pages nous annoncent quelque chose de bien plus sombre.

Tokyo Ghost Tome 2 (Rick Remender et Sean Murphy)

L’enfer digital résume bien le dernier tome de Tokyo Ghost, le périple se termine pour Debby et Led. Le premier tome de Tokyo Ghost nous a surpris avec un final explosif, la suite est à la hauteur. Bien que les premières pages vont vous perdre, en tous cas c’était mon sentiment, on est vite rattrapé par l’histoire. Tokyo Ghost, c’est le bon mélange d’adrénaline avec des combats rythmés et la prise de conscience que nous sommes trop ancrés dans le digital. Oui, je pense que Rick Remender (notre célèbre prophète à Rémi et moi-même) nous parle d’une génération qui ne vie que pour le digital et se nourrissant uniquement de divertissement. On retrouve également le coté « audimat », faire des actions plus dingues pour plus de vues, et là ça rejoint le travail de Sean Murphy sur Punk Rock Jesus. Les deux artistes se sont plutôt bien trouvés. L’aventure Tokyo Ghost se termine officiellement avec ce second tome, laissant les lecteurs bouche bée et une dernière page bien trouvée.

Descender Tome 4 (Jeff Lemire et Dustin Nguyen)

Qu’il était temps que je continue l’aventure Descender. Après un premier tome excellent, j’avais mis de coté ce space-opéra aux allures Spielbergienne (Référence à A.I, du même auteur). En rattrapant mon retour, j’ai découvert un Tome 4 immense en révélation et à deux doigts de nous balancer la fin, mais apparemment non puisqu’un cinquième tome est prévu, annonçant un feu d’artifice de bataille galactique, de rébellion et de fin du monde. Descender, c’est intelligent, riche en rebondissement mais c’est avant tout sublimé par Dustin Nguyen. Jeff Lemire, quant à lui, nous offre ce qu’il fait de mieux, l’attachement du lecteur pour un personnage suivi de plusieurs coups de caillou dans la tempe en te souhaitant bon rétablissement. Descender c’est tout sauf ennuyeux ou plat, les tomes se dévorent en un rien de temps, et le lecteur est conquis.

Damien Piquet
Aventurier du web passionné de comics, de cinéma & série, de jeux vidéos et de hockey sur glace.